Après huit jours de marche, le marcheur entre à Charleroi, les bottines déchirées par les cailloux. Il s’arrête au Cabaret-Vert et commande des tartines de beurre et du jambon à moitié froid. Tout se joue dans un moment de repos presque sensuel : jambes allongées sous la table verte, regard posé sur une tapisserie naïve, puis l’arrivée de la servante rieuse aux tétons énormes, qui apporte le jambon tiède, rose et blanc, parfumé à l’ail, et remplit une chope immense dont la mousse est dorée par un rayon de soleil. Le bonheur naît de sensations très concrètes : la fraîcheur du beurre, la tiédeur de la viande, l’odeur de l’ail, la bière mousseuse. Le ton mêle le prosaïque et l’émerveillement, et la fin laisse une impression de contentement paisible, comme une halte lumineuse en chemin.
Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir — Résumé
Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi. — Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.
Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table Verte : je contemplai les sujets très naïfs De la tapisserie. — Et ce fut adorable, Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,
— Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! — Rieuse, m’apporta des tartines de beurre, Du jambon tiède, dans un plat colorié,
Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse D’ail, — et m’emplit la chope immense, avec sa mousse Que dorait un rayon de soleil arriéré.