Rimbaud regarde un large buffet en chêne sombre, si vieux qu’il semble avoir pris l’air bienveillant des personnes âgées. Ouvert, il répand une odeur comparée à un flot de vin vieux : linges jaunis, dentelles fanées, chiffons de femmes ou d’enfants, fichus anciens. Le regard s’y perd parmi des objets modestes, mais chargés d’affection. On devine aussi des médaillons, des mèches de cheveux, des portraits et des fleurs séchées, comme des traces intimes d’existences passées.
Le meuble est animé d’une vie secrète. Le poète lui prête une mémoire : il sait des histoires, voudrait raconter ses contes et bruisse quand ses grandes portes noires s’ouvrent lentement. La voix reste contemplative, presque recueillie, comme devant une relique familiale. L’émotion est une nostalgie douce et un peu mystérieuse. L’atmosphère mêle chaleur, poussière et parfums anciens ; le temps semble s’être arrêté dans ce lieu familier et mélancolique.