Une barque s’éloigne sur le Rhin au joli mois de mai, tandis que des dames regardent du haut de la montagne. Les vergers fleuris restent en arrière, et ce mouvement de départ crée aussitôt une impression de séparation. Le mois de mai est joli, mais tout glisse et se fige dans le souvenir. Les pétales tombés des cerisiers deviennent alors les ongles, puis les paupières fanées d’une femme autrefois aimée : la douceur du printemps se mêle à la perte amoureuse. Sur la rive passe une petite troupe — un ours, un singe, un chien, une roulotte tirée par un âne — menée par des tziganes, pendant qu’un air de fifre s’éloigne dans les vignes. Le paysage final est à la fois vivant et mélancolique : les ruines sont parées de lierre et de rosiers, le vent agite les osiers et les roseaux. Le printemps console et accompagne la fuite du temps, sans effacer la nostalgie.
Mai — Résumé
Le mai le joli mai en barque sur le Rhin Des dames regardaient du haut de la montagne Vous êtes si jolies mais la barque s’éloigne Qui donc a fait pleurer les saules riverains
Or des vergers fleuris se figeaient en arrière Les pétales tombés des cerisiers de mai Sont les ongles de celle que j’ai tant aimée Les pétales flétris sont comme ses paupières
Sur le chemin du bord du fleuve lentement Un ours un singe un chien menés par des tziganes Suivaient une roulotte traînée par un âne Tandis que s’éloignait dans les vignes rhénanes Sur un fifre lointain un air de régiment
Le mai le joli mai a paré les ruines De lierre de vigne vierge et de rosiers Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes