Leconte de Lisle décrit un troupeau d’éléphants qui traverse un désert brûlant pour regagner son pays natal. Le sable rouge, immense et silencieux, semble figé : tout dort, lions repus, girafes lointaines, aucun oiseau ne bouge. Dans cette immobilité écrasante, les éléphants apparaissent comme des masses brunes, lentes et sûres, guidées par un vieux chef au corps usé. Le poète insiste sur leur endurance et sur leur rêve intérieur : ils se souviennent des fleuves, des forêts de figuiers et des nuits où ils descendaient boire. Une admiration grave se dégage de cette marche obstinée, presque religieuse. Le poème crée une atmosphère hypnotique, solennelle et mélancolique, entre chaleur accablante, silence minéral et nostalgie d’une terre perdue. À la fin, le désert reprend son immobilité quand la ligne noire s’efface à l’horizon.
Les Éléphants — Résumé
Le sable rouge est comme une mer sans limite, Et qui flambe, muette, affaissée en son lit. Une ondulation immobile remplit L’horizon aux vapeurs de cuivre où l’homme habite.
Nulle vie et nul bruit. Tous les lions repus Dorment au fond de l’antre éloigné de cent lieues, Et la girafe boit dans les fontaines bleues, Là-bas, sous les dattiers des panthères connus.
Pas un oiseau ne passe en fouettant de son aile L’air épais, où circule un immense soleil. Parfois quelque boa, chauffé dans son sommeil, Fait onduler son dos dont l’écaille étincelle.
Tel l’espace enflammé brûle sous les cieux clairs. Mais, tandis que tout dort aux mornes solitudes, Les éléphants rugueux, voyageurs lents et rudes Vont au pays natal à travers les déserts.
D’un point de l’horizon, comme des masses brunes, Ils viennent, soulevant la poussière, et l’on voit, Pour ne point dévier du chemin le plus droit, Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes.
Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine Sa tête est comme un roc, et l’arc de son échine Se voûte puissamment à ses moindres efforts.
Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche, Il guide au but certain ses compagnons poudreux ; Et, creusant par derrière un sillon sablonneux, Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.
L’oreille en éventail, la trompe entre les dents, Ils cheminent, l’œil clos. Leur ventre bat et fume, Et leur sueur dans l’air embrasé monte en brume ; Et bourdonnent autour mille insectes ardents.
Mais qu’importent la soif et la mouche vorace, Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé ? Ils rêvent en marchant du pays délaissé, Des forêts de figuiers où s’abrita leur race.
Ils reverront le fleuve échappé des grands monts, Où nage en mugissant l’hippopotame énorme, Où, blanchis par la Lune et projetant leur forme, Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs.
Aussi, pleins de courage et de lenteur, ils passent Comme une ligne noire, au sable illimité ; Et le désert reprend son immobilité Quand les lourds voyageurs à l’horizon s’effacent.