Les Hurleurs — Résumé

Le soleil dans les flots avait noyé ses flammes, La ville s’endormait aux pieds des monts brumeux ; Sur de grands rocs lavés d’un nuage écumeux La mer sombre en grondant versait ses hautes lames.

La nuit multipliait ce long gémissement. Nul astre ne luisait dans l’immensité nue : Seule, la lune pâle, en écartant la nue, Comme une morne lampe oscillait tristement.

Monde muet, marqué d’un signe de colère, Débris d’un globe mort au hasard dispersé, Elle laissait tomber de son orbe glacé Un reflet sépulcral sur l’océan polaire.

Sans borne, assise au nord, sous les cieux étouffants, L’Afrique, s’abritant d’ombre épaisse et de brume, Affamait ses lions dans le sable qui fume, Et couchait près des lacs ses troupeaux d’éléphants.

Mais sur la plage aride aux odeurs insalubres, Parmi des ossements de bœufs et de chevaux, De maigres chiens, épars, allongeant leurs museaux, Se lamentaient, poussant des hurlements lugubres.

La queue en cercle sous leurs ventres palpitants, L’œil dilaté, tremblant sur leurs pattes fébriles, Accroupis çà et là, tous hurlaient, immobiles, Et d’un frisson rapide agités par instants.

L’écume de la mer collait sur leurs échines De longs poils qui laissaient les vertèbres saillir ; Et, quand les flots par bonds les venaient assaillir, Leurs dents blanches claquaient sous leurs rouges babines.

Devant la lune errante aux livides clartés, Quelle angoisse inconnue, au bord des noires ondes, Faisait pleurer une âme en vos formes immondes ? Pourquoi gémissiez-vous, spectres épouvantés ?

Je ne sais ; mais, ô chiens qui hurliez sur les plages, Après tant de soleils qui ne reviendront plus, J’entends toujours, du fond de mon passé confus, Le cri désespéré de vos douleurs sauvages !

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Dans un paysage nocturne figé, une ville s’endort près d’une mer grondante, sous une lune pâle qui semble éclairer un monde mort. Sur une plage aride jonchée d’ossements, des chiens maigres hurlent, tremblants, le poil plaqué par l’écume, les vertèbres saillantes. Celui qui parle les observe sans comprendre la cause de leur angoisse, mais leur cri le hante. Il y perçoit une douleur plus vaste, presque cosmique : celle d’un univers déshérité, marqué par la colère, où même les lions et les éléphants d’Afrique semblent accablés. L’atmosphère est spectrale, funèbre, écrasante. La compassion se mêle à un effroi fasciné devant ces « spectres épouvantés ». Le souvenir de leurs hurlements reste en lui comme une plainte désespérée, liée à un passé confus, et transforme la scène en image de désolation universelle.

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