Tout part d’un échange qui semblait parfait : « Un cœur pour un cœur ; bonheur pour bonheur ! » Puis l’abandon survient : l’aimé a repris son cœur, et celle qui parle reste vide, car le sien est perdu. Elle lui demande amèrement ce qu’il a fait de ce don, comparé à une fleur, à un encens, à un fruit. L’image de l’enfant quitté par sa mère rend la solitude presque insupportable, et Dieu lui-même est pris à témoin. Le ton bascule ensuite dans un avertissement prophétique : un jour, l’infidèle sera seul, appellera sans qu’on lui réponde et reviendra trop tard. On lui dira alors qu’elle est morte, sans que personne ne le plaigne. Cette plainte amoureuse laisse une impression de tristesse glacée et de dignité blessée.
Qu'en avez-vous fait ? — Résumé
Vous aviez mon cœur, Moi, j’avais le vôtre : Un cœur pour un cœur ; Bonheur pour bonheur !
Le vôtre est rendu, Je n’en ai plus d’autre ; Le vôtre est rendu, Le mien est perdu !
La feuille et la fleur Et le fruit lui-même, La feuille et la fleur, L’encens, la couleur :
Qu’en avez-vous fait, Mon maître suprême ? Qu’en avez-vous fait, De ce doux bienfait ?
Comme un pauvre enfant Quitté par sa mère, Comme un pauvre enfant Que rien ne défend,
Vous me laissez là, Dans ma vie amère ; Vous me laissez là, Et Dieu voit cela !
Savez-vous qu’un jour L’homme est seul au monde ? Savez-vous qu’un jour Il revoit l’amour ?
Vous appellerez, Sans qu’on vous réponde, Vous appellerez ; Et vous songerez !…
Vous viendrez rêvant Sonner à ma porte ; Ami comme avant, Vous viendrez rêvant.
Et l’on vous dira : « Personne !… elle est morte. » On vous le dira ; Mais qui vous plaindra ?