Celle de toujours, toute — Résumé

Paul ÉluardRomantic

Si je vous dis : « j’ai tout abandonné » C’est qu’elle n’est pas celle de mon corps, Je ne m’en suis jamais vanté, Ce n’est pas vrai Et la brume de fond où je me meus Ne sait jamais si j’ai passé.

L’éventail de sa bouche, le reflet de ses yeux, Je suis le seul à en parler, Je suis le seul qui soit cerné Par ce miroir si nul où l’air circule à travers moi Et l’air a un visage, un visage aimé, Un visage aimant, ton visage, À toi qui n’as pas de nom et que les autres ignorent, La mer te dit : sur moi, le ciel te dit : sur moi, Les astres te devinent, les nuages t’imaginent Et le sang répandu aux meilleurs moments, Le sang de la générosité Te porte avec délices.

Je chante la grande joie de te chanter, La grande joie de t’avoir ou de ne pas t’avoir, La candeur de t’attendre, l’innocence de te connaître, O toi qui supprimes l’oubli, l’espoir et l’ignorance, Qui supprimes l’absence et qui me mets au monde ; Je chante pour chanter, je t’aime pour chanter Le mystère où l’amour me crée et se délivre.

Tu es pure, tu es encore plus pure que moi-même.

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Le locuteur s’adresse à une femme aimée sans nom, que les autres ignorent et qui n’est pas « celle de mon corps ». Dès les premiers vers, tout baigne dans une brume incertaine : ce qui compte n’est pas la possession physique, mais une présence qui échappe et pourtant enveloppe. Elle se mêle à l’air, à la mer, au ciel, aux astres, comme une réalité à la fois intime et universelle. Il ne chante pas la conquête, mais la joie de l’attendre, de la connaître ou même de ne pas l’avoir. L’aimée supprime l’absence, l’oubli et l’ignorance, et elle donne au locuteur le sentiment de naître. Le ton est incantatoire, lumineux, un peu mystérieux. Une exaltation douce traverse le poème, mêlée à une solitude émerveillée : l’amour y devient un chant qui crée celui qui aime et le dépasse. Le poème se clôt sur une pureté presque abstraite : l’aimée est « encore plus pure que moi-même », comme si l’amour idéalisait cette présence jusqu’à la rendre insaisissable.

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