Le poète s’adresse à Clymène comme on murmure une prière amoureuse. Tout chez elle le ravit et le bouleverse : ses yeux ont la couleur du ciel, sa voix devient une vision qui trouble sa raison, sa pâleur de cygne se fait parfum, et son être entier est musique, nimbe, ton et senteur. Les sensations se mélangent, se répondent : la vue, l’ouïe, l’odorat ne sont plus séparés. Ce trouble n’a rien de douloureux ; il ressemble à une extase douce, portée par le rythme berceur des vers et par les sonorités fluides. Le poème glisse comme une barcarolle, entre rêve, mélancolie et dévotion. On y entend moins un raisonnement qu’une musique. Le dernier mot, « Ainsi soit-il », donne à cette déclaration la gravité d’un amen : l’amour devient une foi, et la femme aimée, une apparition presque céleste.
À Clymène — Résumé
Mystiques barcarolles, Romances sans paroles, Chère puisque tes yeux. Couleur des cieux,
Puisque ta voix, étrange Vision qui dérange Et trouble l’horizon De ma raison,
Puisque l’arôme insigne De ta pâleur de cygne Et puisque la candeur De ton odeur.
Ah ! puisque tout ton être, Musique qui pénètre, Nimbes d’anges défunts, Tons et parfums,
A sur d’almes cadences En ses correspondances Induit mon cœur subtil, Ainsi soit-il !