Les yeux dont parle Sully Prudhomme sont d’abord des présences concrètes : bleus ou noirs, aimés, beaux, innombrables. Ils ont vu l’aurore, ils ont été enchantés par la douceur des nuits, puis ils se sont fermés dans la mort. Pourtant, face à ces regards couchés dans les tombeaux, le locuteur refuse l’idée d’une disparition totale. La nature continue de vivre — le soleil se lève encore, les étoiles brillent toujours —, mais les yeux, eux, se sont remplis d’ombre. Cette douleur le pousse à imaginer qu’ils ne se sont pas éteints : ils se sont tournés vers l’invisible.
La comparaison avec les astres penchants apporte une consolation : les étoiles quittent notre vue sans cesser d’exister. De même, les prunelles ont leur couchant, mais ne meurent pas. La dernière strophe reprend les premiers mots comme une certitude apaisée : de l’autre côté des tombeaux, les yeux fermés voient encore, ouverts à une immense aurore. Le ton est tendre, mélancolique et pourtant plein d’espoir, presque religieux, sans jamais être lourd.