Les Yeux — Résumé

Sully PrudhommeContemplative

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux, Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ; Ils dorment au fond des tombeaux, Et le soleil se lève encore.

Les nuits, plus douces que les jours, Ont enchanté des yeux sans nombre ; Les étoiles brillent toujours, Et les yeux se sont remplis d’ombre.

Oh ! qu’ils aient perdu le regard, Non, non, cela n’est pas possible ! Ils se sont tournés quelque part Vers ce qu’on nomme l’invisible ;

Et comme les astres penchants Nous quittent, mais au ciel demeurent, Les prunelles ont leurs couchants, Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent.

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux, Ouverts à quelque immense aurore, De l’autre côté des tombeaux Les yeux qu’on ferme voient encore.

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Les yeux dont parle Sully Prudhomme sont d’abord des présences concrètes : bleus ou noirs, aimés, beaux, innombrables. Ils ont vu l’aurore, ils ont été enchantés par la douceur des nuits, puis ils se sont fermés dans la mort. Pourtant, face à ces regards couchés dans les tombeaux, le locuteur refuse l’idée d’une disparition totale. La nature continue de vivre — le soleil se lève encore, les étoiles brillent toujours —, mais les yeux, eux, se sont remplis d’ombre. Cette douleur le pousse à imaginer qu’ils ne se sont pas éteints : ils se sont tournés vers l’invisible.

La comparaison avec les astres penchants apporte une consolation : les étoiles quittent notre vue sans cesser d’exister. De même, les prunelles ont leur couchant, mais ne meurent pas. La dernière strophe reprend les premiers mots comme une certitude apaisée : de l’autre côté des tombeaux, les yeux fermés voient encore, ouverts à une immense aurore. Le ton est tendre, mélancolique et pourtant plein d’espoir, presque religieux, sans jamais être lourd.

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