Dans « Coquetterie posthume », une femme imagine sa propre mise au tombeau et donne des instructions très précises : un peu de rouge aux pommettes, du khol au bord de l’œil, sa robe de mousseline à treize volants, son oreiller de dentelle, un chapelet d’opale béni à Rome. Ce n’est pas une scène macabre : la voix reste coquette, sensuelle, presque triomphante. Elle veut demeurer belle pour l’éternité, comme le soir où elle a plu à l’être aimé. La bière devient un lit où elle attend, parée, égrenant des prières déjà dites sur sa bouche par l’amour. L’atmosphère mêle désir, souvenir charnel et douce étrangeté : la mort ne supprime pas la séduction, elle la fixe dans un rituel amoureux. On entend moins le regret que l’affirmation d’une féminité qui refuse de disparaître.
Coquetterie posthume — Résumé
Quand je mourrai, que l’on me mette, Avant de clouer mon cercueil, Un peu de rouge à la pommette, Un peu de noir au bord de l’œil ;
Car je veux, dans ma bière close, Comme le soir de son aveu, Rester éternellement rose Avec du khol sous mon œil bleu.
Pas de suaire en toile fine ; Mais drapez-moi dans les plis blancs De ma robe de mousseline, De ma robe à treize volants.
C’est ma parure préférée : Je la portais quand je lui plus ; Son premier regard l’a sacrée, Et depuis je ne la mis plus.
Posez-moi, sans jaune immortelle, Sans coussin de larmes brodé, Sur mon oreiller de dentelle De ma chevelure inondé.
Cet oreiller, dans les nuits folles, A vu dormir nos fronts unis, Et sous le drap noir des gondoles Compté nos baisers infinis.
Entre mes mains de cire pâle, Que la prière réunit, Tournez ce chapelet d’opale Par le pape à Rome bénit :
Je l’égrènerai dans la couche D’où nul encor ne s’est levé ; Sa bouche en a dit sur ma bouche Chaque Pater et chaque Ave.