Une jeune femme dort, encore touchée par un rêve, et une voix lui parle : celle d’une rose qu’elle portait la veille au bal. Cueillie, promenée toute la soirée dans la fête, la fleur est morte contre sa gorge ; elle revient pourtant chaque nuit, non pour effrayer, mais pour danser au chevet de celle qui l’a portée. Elle ne demande ni prière ni messe : son âme est un parfum léger venu du paradis. Loin d’en vouloir à la jeune femme, le spectre se dit heureux de ce sort. Le ton mêle douceur, sensualité et une pointe de fierté. La mort de la rose devient un destin glorieux, car elle repose sur la peau de la jeune femme et un poète a écrit sur ce tombeau d’albâtre : « Ci-gît une rose / Que tous les rois vont jalouser. » L’atmosphère est à la fois nocturne, tendre et légèrement surnaturelle, sans menace.
Le Spectre de la rose — Résumé
Soulève ta paupière close Qu’effleure un songe virginal, Je suis le spectre d’une rose Que tu portais hier au bal. Tu me pris encore emperlée Des pleurs d’argent de l’arrosoir, Et parmi la fête étoilée Tu me promenas tout le soir.
Ô toi, qui de ma mort fus cause, Sans que tu puisses le chasser, Toutes les nuits mon spectre rose À ton chevet viendra danser : Mais ne crains rien, je ne réclame Ni messe ni De Profundis ; Ce léger parfum est mon âme, Et j’arrive du paradis.
Mon destin fut digne d’envie ; Pour avoir un trépas si beau, Plus d’un aurait donné sa vie, Car j’ai ta gorge pour tombeau, Et sur l’albâtre où je repose Un poëte, avec un baiser, Écrivit : Ci-gît une rose Que tous les rois vont jalouser.